L'Observatoire National de l'Accès aux Soins de l'Institut Quorum suit, dans la durée, l'une des premières préoccupations des Français et des territoires. Deux vagues en dessinent les deux faces : en 2024, la parole des citoyens face aux difficultés d'accès aux soins ; en 2025, l'action des 101 départements et le regard des futurs soignants. Ensemble, elles offrent aux décideurs une lecture complète, de la demande à l'offre.
2024 — Les Français face à un renoncement massif
Le constat citoyen est sévère : 67% des Français déclarent avoir déjà renoncé ou reporté des soins au moins une fois — près de 7 sur 10 — un taux qui grimpe à 71% chez les 18-24 ans et à 68% chez les personnes atteintes d'une maladie chronique. Les causes sont d'abord structurelles : le manque de médecins (58%) devance les délais d'attente trop longs pour un spécialiste (55%, l'attente dépassant souvent deux mois) et les difficultés financières (39%).
Les conséquences ne sont pas anodines : 72% de ceux qui ont différé des soins rapportent au moins un effet négatif — anxiété (54%), aggravation des symptômes, voire hospitalisation (10%). Pour les personnes atteintes de maladie chronique, ce taux atteint 85%. Faute de médecin disponible, près d'un Français sur quatre (24%) s'est tourné vers les urgences au cours des deux dernières années.
2024 — Reste à charge et inégalités d'accès
La barrière financière se double d'un sentiment de déclassement : 69% des Français sont confrontés à des dépassements d'honoraires chez un spécialiste au moins occasionnellement, et 68% constatent une hausse de leur reste à charge par rapport aux années précédentes (3% seulement une baisse). Les plus fragiles sont les plus touchés : 36% des bénéficiaires de la CMU-C ou de l'ACS déclarent avoir déjà essuyé un refus de rendez-vous en raison de leur statut — une proportion qui monte à 56% chez les malades chroniques.
2025 — Les départements montent en première ligne
Côté offre, la deuxième vague révèle une mobilisation territoriale d'ampleur. Alors que la santé n'est pas une compétence directe des départements, 97% d'entre eux ont déjà engagé des initiatives concrètes : aide à l'installation des professionnels (97%), télémédecine (94%), consultations mobiles (82%). En moyenne, six dispositifs coexistent par territoire, et 92% des départements ont formalisé un plan stratégique santé.
L'effort est financier autant que stratégique : le budget cumulé des départements consacré à l'accès aux soins dépasse 100 millions d'euros. 58% y consacrent au moins 500 000 € par an, et un quart (25%) plus d'un million. Résultat : 87% des départements jugent leurs actions satisfaisantes, même si 86% estiment leur niveau de maturité encore perfectible.
2025 — Des freins persistants
Cette dynamique se heurte à des obstacles bien identifiés : la complexité administrative (72%), le manque de coordination entre acteurs (57%) et l'adhésion parfois limitée des professionnels de santé (54%). D'où une attente forte et convergente : 83% des départements réclament un cadre d'échange structuré pour mutualiser les retours d'expérience à l'échelle nationale.
2025 — La parole aux futurs soignants
Le volet complémentaire auprès des étudiants en santé éclaire le nerf de la guerre — l'installation. Le message est net : 79% rejettent l'obligation d'installation et 92,8% jugent que contraindre les soignants n'améliorerait pas l'accès aux soins. Mais la porte n'est pas fermée : 76,7% n'excluent pas de s'installer en zone sous-dotée (29,1% « oui », 47,6% « peut-être »), à condition d'être accompagnés. Or 55,2% déclarent n'avoir jamais été informés des aides à l'installation : un levier d'action immédiat pour les territoires.
Ce que révèle ce baromètre pour les décideurs
La confrontation des deux vagues dessine une équation claire : une demande citoyenne sous tension — renoncement, reste à charge, inégalités — face à une offre territoriale qui se structure mais bute sur la coordination et l'attractivité des métiers. Les leviers existent et sont mesurables : informer sur les aides, accompagner l'installation, mutualiser les bonnes pratiques. C'est tout l'objet de l'Observatoire National de l'Accès aux Soins — suivre ces dynamiques dans la durée, territoire par territoire, pour transformer un diagnostic partagé en décisions efficaces.