À la veille d'un nouveau débat sur la dépendance, l'Institut Quorum a mesuré, pour le Conseil départemental du Cher, le regard des Français sur la prise en charge du grand âge. Le constat est sans appel : une large majorité juge l'effort actuel insuffisant, plébiscite le maintien à domicile et réclame davantage de financement public — tout en restant partagée sur sa propre contribution.

Méthodologie. Enquête réalisée en ligne par l'Institut Quorum pour le Conseil départemental du Cher, du 10 au 14 octobre 2024, auprès d'un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas : sexe, âge, CSP, région et catégorie d'agglomération). Intervalle de confiance à 95% — marge d'erreur de l'ordre de ±2 à 3 points selon les résultats.

Une prise en charge jugée insuffisante

Interrogés sur la prise en charge des personnes âgées dépendantes, en termes de financement comme de solutions, 72% des Français la jugent insuffisante, contre seulement 18% qui s'en déclarent satisfaits (10% ne se prononcent pas). Surtout, ce jugement se durcit avec l'âge : il passe de 45% chez les 18-24 ans à 63% chez les 25-34 ans, puis atteint 78% en moyenne chez les 35 ans et plus — l'âge où l'on est, directement ou indirectement, confronté à la dépendance d'un proche.

Perception
Jugent la prise en charge des personnes âgées dépendantes « insuffisante », selon l'âge
18-24 ans45%25-34 ans63%35 ans et plus78%Ensemble des Français72%
Source : Institut Quorum pour le Conseil départemental du Cher — octobre 2024 · 1 000 répondants.

Les EHPAD sous le feu de la critique

Le jugement sur les établissements est sévère. Seul un quart des Français (27%) estime que les EHPAD offrent des conditions de vie adaptées aux personnes âgées dépendantes ; près de deux tiers (65%) pensent le contraire. Le coût est tout aussi contesté : 64% jugent les tarifs des EHPAD injustifiés au regard de la qualité des services, et seuls 14% les estiment justifiés — une défiance qui culmine à 69% chez les 35 ans et plus.

Le maintien à domicile, solution plébiscitée

Interrogés sur la façon dont ils souhaitent vivre leur grand âge, 63,9% des Français répondent spontanément « chez eux », quitte à être accompagnés. Loin derrière viennent la vie auprès de la famille (11,1%), des projets alternatifs comme la campagne ou le littoral (12,1%) et, enfin, l'établissement spécialisé (9%).

Projection
« Comment souhaiteriez-vous vivre votre grand âge ? »
63,9%À DOMICILE
À domicile, chez soi63,9%
Avec / près de la famille11,1%
Autres (campagne, littoral, étranger…)12,1%
Établissement spécialisé9,0%
Ne sait pas5,9%
Source : Institut Quorum pour le Conseil départemental du Cher — octobre 2024 · 1 000 répondants.

Les raisons de cet attachement au domicile sont d'abord humaines : conserver ses repères et ses habitudes (33,5%), préserver sa liberté et son indépendance (20,9%), le bien-être et le confort (14,5%) et la proximité avec la famille (10,1%). Les Français ne sont pas naïfs sur les limites de cette solution : ils pointent l'isolement et la solitude (22,9%), le manque de personnel qualifié (20,8%), le manque d'équipement médical adapté (18,3%) et le coût (17,6%).

Un large soutien au financement public…

Le consensus est massif sur le rôle de la puissance publique. 84% des Français sont favorables à un renforcement du financement public des EHPAD (dont 43% « tout à fait »), et ils sont plus nombreux encore — 88% — à soutenir un renforcement du financement du maintien à domicile (dont 51% « tout à fait »). Les oppositions sont marginales (3 à 5%).

Attentes
Favorables à un renforcement du financement public
Maintien à domicile88%EHPAD84%
Source : Institut Quorum pour le Conseil départemental du Cher — octobre 2024 · 1 000 répondants.

… mais une contribution personnelle qui divise

Le consensus se fissure dès qu'il s'agit de payer. Seuls 51% des Français se disent prêts à contribuer financièrement — via des taxes ou impôts supplémentaires — pour améliorer la prise en charge du grand âge ; 49% s'y refusent. L'adhésion est plus forte chez les CSP+ (62%) et les retraités (57%) que chez les CSP- (47%). Fait notable, la réticence croît avec l'âge : 41% des 18-24 ans refusent de contribuer, contre près de 58% des 55 ans et plus.

Ce que révèle ce sondage pour les territoires

Pour un département comme le Cher, chef de file de l'action sociale et de l'autonomie, ces résultats dessinent une feuille de route claire : l'attente prioritaire des habitants porte sur le maintien à domicile, soutenu par des moyens publics, et sur une amélioration tangible des conditions et des coûts en établissement. Reste l'équation du financement, que les citoyens renvoient d'abord à la solidarité collective avant leur effort personnel. Mesurer ces attentes, territoire par territoire, est la condition d'une politique du grand âge à la fois ambitieuse et acceptée.