À l'occasion de la présentation de son Baromètre de la mobilité électrique 2025, réalisé en partenariat avec TotalEnergies, l'Institut Quorum dresse le portrait d'une France partagée : séduite par le véhicule électrique sur le principe, mais lucide — voire défiante — sur le prix, l'autonomie et l'état des infrastructures.
Une adoption en marche, mais loin d'être acquise
Interrogés sur leurs intentions, 60% des Français envisagent d'acquérir un véhicule 100% électrique à l'avenir — 24% dans les trois ans, 36% à plus long terme. Mais 40% l'excluent à ce stade. L'électrique a donc gagné la bataille de l'idée, pas encore celle du passage à l'acte.
Le prix, frein numéro un
Quand on demande le principal obstacle à l'achat, la réponse est sans appel : le prix d'achat (48%), loin devant le manque de bornes (21%) et l'autonomie (17%). La question financière domine très largement le débat — un point central pour toute politique d'incitation.
Des infrastructures jugées insuffisantes
C'est le signal le plus net du baromètre : 71% des Français estiment que la France n'est pas prête, en termes de bornes de recharge et d'électricité disponible, à généraliser le véhicule électrique. Seuls 29% jugent le pays prêt. La crédibilité de la transition se joue donc d'abord sur le terrain, là où se déploie le réseau de recharge.
Cette défiance se retrouve sur les Zones à Faibles Émissions (ZFE) : si 34% des Français y voient une mesure nécessaire pour la santé publique, 30% la jugent « utile mais mal expliquée » et 28% « une contrainte injuste ». L'enjeu pédagogique est manifeste.
Une transition perçue comme socialement clivante
Au-delà de la technique, les Français pointent un risque d'inégalités : 57% pensent que le passage à la mobilité électrique va accentuer les inégalités sociales, contre 16% qui anticipent une réduction. Quant à l'avenir du thermique, 42% le voient progressivement interdit dans les grandes villes mais maintenu ailleurs, et 26% misent sur les carburants alternatifs.
Ce que les Français attendent
Les priorités sont claires et cohérentes : un prix accessible (46%) et une autonomie suffisante (32%) arrivent en tête des attentes. L'écologie, elle, reste un critère d'achat important mais rarement premier : 58% la placent « après le prix et l'autonomie », 22% en font un critère déterminant. Enfin, le véhicule électrique est surtout perçu comme adapté aux trajets urbains et périurbains (61%), bien plus qu'à tous les usages (19%).
Le verdict de ceux qui ont déjà sauté le pas
L'enseignement le plus précieux vient des conducteurs déjà passés à l'électrique (120 répondants sur le panel). Leur bilan est positif mais réaliste : 54% n'ont jamais renoncé à un déplacement, et ils plébiscitent l'agrément (89% plus respectueux de l'environnement, 82% plus silencieux, 68% plus agréable à conduire, 62% moins cher à entretenir). Les réserves portent sur l'autonomie (71% le jugent moins autonome) et les longs trajets (65% le trouvent moins adapté).
En somme, les utilisateurs convertis ne regrettent pas leur choix : convaincus sur l'usage quotidien, lucides sur les contraintes structurelles. L'électrique séduit par le confort et la simplicité, pas encore par la liberté totale de mouvement.


Ce que révèle ce baromètre
Le message adressé aux pouvoirs publics comme aux acteurs de l'énergie est limpide : l'envie existe, mais elle restera lettre morte sans réponse sur trois fronts — le prix, le maillage des bornes et la pédagogie (sur les ZFE comme sur les usages réels). Mesurer finement ces attentes, territoire par territoire, est la condition d'une transition à la fois ambitieuse et acceptée.
